Du citoyen postcommuniste au citoyen connecte

« Si Anna Karenine avait Internet, elle ne se serait pas suicidée ». C’est la pub provocatrice du film bulgare à grand succès « Love@net ». Pas de politique dans le film, que du net et du sexe – plus réel que virtuel, on est encore dans la transition.

Si je commence par ce film, c’est parce qu’il illustre deux particularités de la société digitale :

La socialisation a aujourd’hui un médiateur crucial, l’Internet. Les trois personnages d’une famille sont représentés dans trois chambres ou chacun communique avec son ordinateur. L’école n’est présente que sous la forme d’école buissonnière. Les médias ne sont consultés que si disponibles sur Internet.

Il n’y a pas de politique dans cette vie connectée. La politique, pourtant, doit composer avec ces individus connectés.

L’objectif de ce chapitre est d’analyser le passage de la transition démocratique à la transition digitale à travers les questions de la transformation de la citoyenneté publique ascendante en citoyenneté privée descendante et de la mutation de la démocratie directe en démocratie représentative. Ces questions seront examinées à travers les triades : trois formes de non participation, trois types de participation ou d’e-citoyenneté. La durée sociale et politique sera articulée en trois périodes : le communiste – l’obligation de l’engagement ; la transition démocratique – la découverte des (des)engagements ; la transition digitale – l’émergence de la click democracy.

L’ancien régime : l’obligation de l’engagement

Une anecdote communiste raconte comment se déroule la réunion des cadres du parti. Ils discutent le défilé de la fête nationale – l’anniversaire de la révolution communiste. Le diagnostic du secrétaire est impitoyable : les cadres n’ont pas réussi à être à la hauteur de leurs responsabilités, les manifestants n’étaient pas suffisamment gais et spontanés[1].

Cette petite anecdote révèle les principales caractéristiques de l’engagement, version communiste : il devait paraître heureux, la mélancolie et la tristesse étaient conçues comme une insulte au pourvoir ; sous le regard et la supervision du parti le citoyen devait avoir l’air spontané ; mais avant et surtout le citoyen devait être engagé. L’engagement n’était pas un droit, mais un devoir. Hommes et femmes, intellectuels et ouvriers, adultes et jeunes, tous devaient y adhérer.

À quel âge commence l’engagement ? Le communisme savait la réponse exacte : huit ans. À l’Ouest les recherches sur la socialisation politique ont longtemps provoqué des doutes. L’idée même d’associer enfance et politique paraissait choquante. Lorsqu’Annick Percheron, pionnière en la matière, entame ses recherches sur la socialisation politique dans les années 1960, ce sujet suscite beaucoup de réticences au sein de la communauté scientifique et de l’opinion publique. « Tout au long de sa carrière elle se heurtera à l’hostilité de parents et d’enseignants, qui obtiendront l’interdiction ou l’interruption de ses enquêtes et iront parfois jusqu’à brûler ses questionnaires dans les cours des écoles »[2]. La même ardeur avec laquelle à l’Ouest on séparait le monde des enfants de celui de la politique était investie à l’Est pour stimuler l’engagement dès le plus jeune âge.

Il y avait une gamme d’organisations qui encadraient l’engagement à tous les âges des jeunes : de 8 à 13 ans, de 13 à 16 ans et après, la plus connue, le Komsomol. Je me rappelle encore le goût d’aventure et d’émerveillement : une belle journée ensoleillée au lieu d’aller à l’école, toute la classe partie en excursion. Des expériences uniques, voir la frontière, visiter les soldats qui la gardaient, jouer avec leurs chiens, écouter leurs exploits, participer à la cérémonie solennelle d’adhésion à l’Organisation des pionniers[3], recevoir de ces soldats que nos phantasmes bien dirigés transformaient en héros le symbole de notre nouvelle appartenance, un foulard bleu. Les années à venir n’allaient que renforcer le caractère exceptionnel de cette initiation à l’engagement : dans une société fermée la frontière, interdite et inaccessible, acquiert des connotations presque sacrées, devient l’incarnation du peuple et de l’État cristallisés dans un Nous uni, fort, vibrant.

Ces rites de passage initiaient les jeunes à l’engagement. L’initiation à l’engagement était marquée et signalée par toute une symbolique, en particulier ce foulard, bleu d’abord, rouge ensuite.

On entrait dans l’engagement avant d’entrer dans la vie mature. L’émotionnel précédait et remplaçait le rationnel, le pragmatique, l’instrumental.

La conception communiste du citoyen engagé est assez paradoxale : au niveau idéologique, citoyenneté et engagement étaient intrinsèquement liés ; au niveau politique ils étaient souvent radicalement dissociés. Cette dissociation se faisait par trois procédés : emprise de l’appartenance sur la participation ; différentiation des droits ; marginalisation de la supériorité des lois.

La citoyenneté a deux faces, elle est à la fois appartenance et participation. Le communisme en a fait un mixte en noyant le côté actif dans le côté passif. On comptait plus les adhérents que les actifs : être pionnier, membre du Komsomol, du syndicat, du Parti. Un million de Bulgares sur une population de huit millions étaient membres du Parti communiste. Bien que très puissant, le Parti ne pouvait totalement réaliser l’idéal d’une population complètement incluse, ayant les attributs de l’appartenance sans l’initiative et l’autonomie de la participation. Pour y arriver, on avait inventé une autre organisation : le Front national. Par définition, chaque organisation représente des intérêts spécifiques et a des limites, le communisme se voulait une société qui les dépasse. Le Front national englobait tous dans la caricature d’un régime qui voulait des citoyens engagés, mais pas actifs.

Le second procédé renvoie à la différentiation des droits. Selon la célèbre définition de Thomas Marshall[4], la citoyenneté s’articule en trois dimensions : la citoyenneté civile qui s’exprime dans l’exercice des droits et des libertés (liberté de la personne, liberté d’expression, de propreté), garanties par un État de droit dans lequel la justice joue un rôle prépondérant ; la citoyenneté politique qui est définie par l’exercice des droits politiques (droit de vote et d’être élu, d’être informé et de participer à la vie politique), garantis par le suffrage universel et le rôle prépondérant du Parlement ; la citoyenneté sociale qui s’exprime dans les droits-créances (droit à la protection sociale, à la sante, à l’éducation, au travail), garantis par les institutions de l’État-providence. Les pays communistes ont mis l’accent sur la citoyenneté sociale, en marginalisant la citoyenneté civile et politique.

Depuis l’aube des temps modernes, le concept de citoyenneté renvoie à l’idée du règne de la loi. De l’Antiquité à Montesquieu, elle est définie comme la jouissance de la loi, l’antinomie de la tyrannie. Cette conception est la troisième raison pour la réticence idéologique du communisme à l’égard de la citoyenneté. Marx lui-même ne remet pas en cause le concept. Il critique radicalement la forme que la citoyenneté a prise, la dualité entre l’homme naturel ou travailleur et l’homme abstrait, le citoyen de la société bourgeoise. Il plaide pour une société dans laquelle le travailleur et le citoyen seront unis[5]. En opposition à la prescription classique, le communisme n’a pas uni le travailleur et le citoyen, mais les a encore plus séparés.

Le citoyen communiste est plus engagé que citoyen. La citoyenneté était dépourvue de plusieurs de ses attributs : de la jouissance de la loi qui établit « l’égalité arithmétique » et minorise les maîtres ; de la citoyenneté active, civile et politique, pour ne jouir que la protection sociale ; de la participation au profil de l’appartenance.

L’individu communiste était engagé non pas parce qu’il l’avait choisi dans la liberté, mais parce qu’il n’avait pas la liberté de se désengager.

La transition démocratique : les découvertes des (des)engagements

Jubilation de la liberté et spontanéité, le communisme est advenu comme une fête gigantesque, toutes les stars du rock chantaient sur les places publiques, des centaines de milliers de personnes défilaient dans les rues, la « ville de la vérité », tentes en face du Comité central, protestait contre le pouvoir dans une atmosphère théâtrale, étudiants et anarchistes bloquaient les carrefours.

« Rien n’est plus doux que la liberté ». Cicéron avait déjà formulé la source de cette vague politico-affective, la découverte que la « liberté ne consiste pas à avoir un maître juste, mais à ne pas avoir de maître, à être maître de soi-même ». Ce moment unique d’effervescence est inspiré par la magie de toutes les révolutions, l’incantation du peuple, le peuple qui retrouve la position qu’il occupait dans la République romaine, de source et mesure du pouvoir[6].

La cité postcommuniste est advenue comme Grèce et Rome à la fois, le citoyen dans la cité et le concitoyen, on avait uni la conception grecque de la cité d’abord, le citoyen ensuite, et la conception romaine de la cité comme ensemble de concitoyens et la citoyenneté comme réciprocité.

L’effervescence s’est estompée, très vite les citoyens se sont retirés des places et les électeurs… des urnes. De la citoyenneté publique ascendante on a passé à la citoyenneté privée descendante[7].

Ce chapitre analyse l’engagement au croisement de l’individualité et de la citoyenneté en distinguant trois formes de désengagement : contestataire, « bonapartiste » et individualiste, ainsi que trois formes d’engagement : mimétique, héroïque, civique.

 

 

Désengagement

 

L’abstention

« S’abstenir : hors du jeu ou dans le jeu politique »[8] se demande la science politique. Il y a plusieurs manières de faire ou d’être en politique. Être distant ou en retraire ne signifie pas obligatoirement démissionner, ou se mettre hors du jeu politique[9]. Inglehart décrit une évolution dans le sens d’une culture politique moins institutionnalisée et plus individualisée[10]. Jaffre et Muxel analysent la tendance au repli, privatisation et désinstitutionalisation du rapport au politique, à l’indifférence comme des signes de désinvestissement d’une forme de culture politique conventionnelle et traditionnelle au profit d’une forme de culture de participation encore mal identifiée, marquée par des contre-investissements sur des engagements plus individualisés[11].

S’abstenir pour s’exclure de la politique ou pour être présent autrement, ce questionnement est au cœur de la réflexion sur la non participation postcommuniste.

L’abstention est une découverte postcommuniste. Aucune société moderne n’aime l’apathie, elle est expression et résultat du malaise démocratique. Si, pourtant, les sociétés démocratiques s’en accommodent, les sociétés totalitaires l’interdisent. On ne pouvait pas échapper à l’Organisation des pionniers, la cotisation syndicale était prélevée automatiquement du salaire, ne pas aller au défilé de la fête nationale ne menait pas automatiquement au licenciement, mais pouvait avoir des conséquences sur la promotion. Le communisme imposait la participation.

L’individu postcommunisme a adoré la non participation. Pendant le communisme on n’avait pas de choix entre candidats concurrents, mais on avait encore moins le choix de ne pas voter pour le candidat unique. Le communisme est une société ambitieuse, on ne demandait pas la soumission, mais l’expression d’un support actif et engagé. Le citoyen postcommuniste a apprécié la concurrence parmi les offres politiques variées, mais il a apprécié autant le droit de ne pas voter.

Au début de la transition, et aujourd’hui encore, la non participation est perçue positivement : à la fois comme une forme de liberté, de droit politique et comme une forme de contestation, de critique et rejet de l’élite politique.

 

Le bonapartisme

Que faire quand on n’a pas appris la culture démocratique de l’engagement, mais qu’on s’intéresse à la politique ? La réponse à cette contradiction est le leader charismatique. Le postcommunisme découvre sa propre version du bonapartisme : l’alliance du leader et du petit peuple contre le pouvoir.

Dans son livre remarquable La foule solitaire, D. Rizman dresse le portrait de trois types de citoyens avec des rapports différents à la politique : apathique, intéressé, spectateur[12]. Le premier est indifférent. Il ne vote pas pour punir les politiciens, mais parce qu’il ne voit pas le rapport entre le « grand » monde de la politique et son propre « petit » monde.

L’intéressé est à l’autre pole : il suit, il se passionne, il participe. Il voit le rapport, plus encore, il est persuadé que la politique doit servir ses intérêts. Il se manifeste sous deux figures opposées : l’enthousiasmé et l’indigné. Le premier croit et aspire au changement, travaille pour qu’il advienne. Le second n’est jamais satisfait, la critique est son état permanent. Bien que de manière opposée, l’enthousiaste, aussi bien que l’indigné, investit de grandes attentes dans la politique.

Le spectateur rassemble à l’apathique par sa faible activité. Il diffère aussi de lui, parce qu’il comprend le monde politique. On l’appelle « collectionneur d’information », il collecte des points de vue différents, élabore sa propre opinion, il réalise que la politique est une sphère complexe. Il est plus tolérant, mais pour une raison ambiguë : à la différence de l’intéressé, il ne croit pas que la politique peut exprimer et défendre ses vrais intérêts. Notamment pour cette raison, il ne la charge pas de grandes espérances, il est ouvert à la multiplicité de perspectives. Il est intelligent et non impliqué, il préfère observer plutôt que participer. Il ne lie pas le politique à des valeurs, intérêts et idéaux « durs », il est plus sensible au spectacle, à la visibilité « légère ».

Un film que la génération de mes filles et des étudiants adore exprime ces attitudes. « Profession blonde » est le portrait sociologique de ce nouveau type d’individu : elle est belle, s’habille comme une Barbie, mais réussit à se diplômer avec brio à Harvard et plus encore, à résoudre des cas complexes de manière originale, inédite, impressionnante. Un mixte léger et ludique qui rappelle la modernité fluide de Zigmund Bauman et la société légère et fluide de Gilles Lipovetsky[13].

La typologie de D. Rizman correspond aux réalités postcommunistes, sa diachronie beaucoup moins. Pour lui les trois types d’individus correspondent aux cultures politiques traditionnelle, moderne et postmoderne. Le postcommunisme a une autre diachronie. Au tout début de la transition, il a mis sur l’avant-scène l’indigné et l’enthousiasmé. Quand l’euphorie s’est éteinte et la politique s’est retirée de la place publique, le spectateur s’est installé devant l’écran pour observer le happening politique. Le postcommunisme a tellement été fasciné par le spectacle qu’il a marginalisé les autres dimensions du politique comme les politiques publiques. L’État social communiste est complètement enterré, un État social postcommuniste peine à émerger. Quand l’État oublie ses citoyens faibles, les derniers se retirent de la politique. L’apathique n’est pas un héritage communiste, il est une invention postcommuniste.

Aux trois types d’électeurs, enthousiasmé, indigné et spectateur, correspondent trois types de leaders.

Zhelio Zhelev, dissident, leader de l’opposition démocratique à l’aube de la transition et premier président bulgare, illustre le premier type. Il est venu comme porteur des idées de changement et d’un nouvel idéal politique. Les vingt ans de politique postcommuniste n’ont que confirmé son caractère exceptionnel : il est parmi les rares dirigeants dans la nouvelle classe politique qui est restée fidèle à ses valeurs et à la hauteur d’une haute morale politique. Il n’était pas leader, il n’avait pas d’« image », il passait ses vacances dans son village natal et péchait avec ses mains.

Il est significatif que les leaders indignés soient entrés dans la scène politique bulgare plus de dix ans après la transition. Le désenchantement de la démocratie a mis des années avant de se transformer en énergie électorale et de se cristalliser dans la figure charismatique du leader extrémiste d’« Attaque », le premier parti xénophobe au nom qui exprime toute son ambition. Le discours extrémiste n’est pas toujours faux. Il mixe faits, pathos et interprétations pour forger un double message : « mauvais » sont les Autres et les Autres ne sont que « mauvais », on assiste à la corruption de la démocratie en démagogie.

La troisième figure est la plus emblématique, Boyko Borisov, l’actuel premier ministre, l’homme le plus populaire du pays depuis déjà huit ans. Il personnifie le self-made-man à la bulgare : de pompier à garde de corps[14] puis fondateur de son propre parti, maire de Sofia et premier ministre. Borisov illustre un renversement ontologique : la popularité n’est plus l’effet de l’exercice du métier de politicien, mais sa cause. B. Borisov n’est pas un politicien qui a gagné la confiance publique, mais un homme que sa popularité a transformé en politicien et leader. On l’appelle tendrement « Bate Boyko », « Grand frère Boyko » pour transmettre cette idée de Big Brother puissant et bienveillant. L’opinion publique attend de lui comme d’un héros magique de combattre les deux fléaux : la corruption et la crise. Ces attentes sont si fortes qu’il les capitalise en capital politique. Il n’a pas voulu entrer en coalition et a préféré former un gouvernement minoritaire[15] pour confirmer sa réputation de l’homme le plus fort qui dépasse les arithmétiques politiciennes et sait imposer sa propre volonté. Plus l’autorité est charismatique, moins les électeurs sont citoyens.

Le point commun entre les trois cas bien différents, un président responsable, un leader extrémiste et un premier ministre populaire et populiste, est la surproduction de leaders[16] et la sous-production de citoyens.

Le leader charismatique et le peuple, unanimes et unis contre l’élite corrompue, telle est la scène politique bulgare vingt ans après la transition démocratique.

 

Individualisme

Les deux premières formes de désengagement, la non participation et le bonapartisme, sont politiques, la troisième est sociologique : l’émergence de l’individualisme postcommuniste[17].

Paul Magnette distingue deux formes historiques de l’individu : chevaleresque et rationnelle, aristocratique et bourgeoise[18]. La première présente l’individu avec passion et ambition, la seconde le décrit comme un être modéré qui vend et achète, calcule risque et profit.

Le postcommunisme a passé en quelques petites années de la première à la seconde, mais a voulu profiter du capital symbolique des deux figures. Le postcommunisme est orienté vers le marché et l’accumulation primitive du capital, mais a préféré la vision héroïque : le porte-parole de la nouvelle élite économique, l’hebdomadaire au nom emblématique « Capital » maintient la rubrique « Héros du capitalisme ». Il en dresse le portrait : réussi, jeune, arrogant. Un grand panneau publicitaire au centre de la capitale affiche fièrement son principe : « Les autres respectent les règles, nous les créons ».

« Big is beautiful » est la conviction du nouvel individualiste postcommuniste : Maserati, Maybach, Bentltey, yachts, avions privés, cigares plus chers que le salaire du fumeur. R. Inglehart annonce la vague des valeurs post matérialistes avec l’accent sur la qualité, le souci de l’environnement, les minorités, les Autres[19]. À l’Est on n’est pas « post », mais « hyper ». Gilles Lipovetsky décrit l’hyper modernité : les supermarchés ne suffisent plus, on construit des hypermarchés, la soif insatiable de toujours plus, plus nouveau, plus inattendu. Est-ce un hasard si c’est Lypovetsky, et pas Inglehart, qui a été honoré docteur honoris causa en Bulgarie ?[20]

L’individualiste postcommuniste se retire du public et chante le privé. Benjamin Constant plaide : « que l’État se borne d’être juste, nous nous chargeons d’être heureux »[21]. Dans la lignée de l’écrivain français, l’individualiste postcommuniste n’est confiant que de soi-même. À la différence de Constant, il ne fait pas confiance à l’État, même minimaliste.

Le lien entre individualité et citoyenneté est crucial pour la démocratisation. Z. Bauman constate que ce n’est plus le public qui investit le privé, mais le privé colonise le public pour nous rappeler l’avertissement de Tocqueville – l’individuel est le plus grand ennemi du civique[22].

Jean Leca définit le dilemme de la théorie démocratique[23]. Sur quoi se fonde la citoyenneté ? Sur la culture de participation, orientée vers les inputs ? Dans ce cas on risque de tomber dans le piège de l’holisme, que ce soit dans ses formes plus douces ou plus totalisantes. Le communisme en a expérimenté toute la gamme. Ou sur la culture de l’individualisme orientée vers les outputs ? On évitera difficilement le risque de la « dégénération de l’espace public » (Tocqueville). Le postcommunisme en subit les effets[24].

La non participation, le bonapartisme, l’individualisme sont les trois avatars du désengagement des affaires de la cité. L’individualisme est le fondement sociologique du retrait de la politique, de l’emprise du privé sur le public Le bonapartisme est le danger qui mine la consolidation de la démocratie, car il déforme et corrompt l’intérêt pour la politique. L’apathie est un défi pour toutes les démocraties, elle l’est d’autant plus à l’Est pour deux raisons opposées : d’un côté, on ne veut pas la dépasser, la concevant positivement, comme une forme de libération de la tutelle d’un pouvoir omniprésent et exigeant et comme une critique des élites corrompues, d’un autre côté, on ne peut pas la dépasser, il n’y a pas suffisamment de contrepoints d’engagement et de militantisme.

 

 

Engagement

Pour la symétrie de l’analyse, je vais introduire trois formes d’engagement : mimétique, héroïque, civique.

 

Mimétique

L’Ouest a voulu créer l’Est à son image. L’Est a voulu se recréer à l’image de l’Ouest. On avait besoin d’un acteur pour personnifier le changement et on l’a identifié dans les ONG.

Un représentant d’une petite ONG serbe partage son expérience : en janvier 2000 (avant la tombée de Milosevic) j’ai été invité en Suède pour une réunion avec un ministre… Le même ministre plus tard la même année en novembre (après la tombée de Milosevic) a eu une réunion avec le président Kostunica. Donc, j’ai été son contact en janvier et qui étais-je à ce moment ? Quelqu’un travaillant dans une ONG avec cinq employés, quelques projets et quelques ordinateurs. Mais j’étais la Serbie pour lui ![25]

Paradoxalement, plus les ONG étaient marginales et non représentatives au début de la transition, plus elles étaient considérées comme légitimes par l’Occident à cause du manque de lien avec le statu quo. La société civile était conçue comme la magie de la transition, comme la quintessence de l’aspiration au changement. L’Occident a investi des millions de dollars dans les ONG pour stimuler l’épanouissement de la participation civique.

Le citoyen postcommunisme est-il né et s’est-il épanoui dans les ONG ? Deux effets sont à retenir. Le premier est l’institutionnalisation de la participation. Les ONG sont une « traduction » postcommuniste de la société civile. Dans les démocraties développées la dernière est beaucoup plus articulée en associations, églises, universités, syndicats, coopératives… Le financement généreux des ONG par les bailleurs étrangers a eu pour conséquence la concentration de la participation, la marginalisation des formes moins institutionnelles comme initiatives civiques, clubs, groupes ad hoc, réseaux, etc. Paradoxalement, dans l’objectif de stimuler la société civile on a soutenu plus les structures que les activités, plus les organisations que les citoyens. La formation et la multiplication de citoyens actifs et engagés qui s’unissent autour d’objectifs ciblés dans des formes dynamiques, flexibles, fluides restent toujours un objectif à atteindre.

La seconde conséquence est la professionnalisation de l’engagement. Si on jette un coup œil dans les annonces, on découvre qu’il n’y pas de différences dans les exigences d’emploi dans le secteur des ONG et des affaires : excellente maîtrise de l’anglais, qualités communicationnelles, capacité à travailler en équipe. Compétent, dynamique, efficace, tel est le profil du militant des ONG. Il est si confiant de soi qu’il construit son propre monde avec une langue qu’il maîtrise parfaitement, project speak, et avec un objectif ambitieux, building democracy, qu’il est équipé à atteindre.

Être citoyen est en train de se transformer en profession[26], l’efficacité risque de remplacer la créativité. La figure du volontaire tarde à émerger. Si les ONG sont la sphère des professionnels, quel est l’espace social où les citoyens « amateurs » peuvent faire des essais et des erreurs, chercher, débattre, expérimenter ?

Héroïque

Tous les citoyens de Sparte étaient soldats. Les femmes étaient exclues de cette citoyenneté héroïque – elles étaient reconnues citoyennes, mais sans capacité politique.

Le postcommunisme produit aussi des formes d’engagement qui s’inscrivent dans cette tradition guerrière et virile : des groupuscules extrémistes organisent une garde nationale pour lutter contre les criminels et les Roms, faisant souvent le rapprochement entre les deux. Ils ne sont pas nombreux, mais leur agressivité n’est atténuée par aucun contre-pouvoir, par le manque du souci du politiquement correct. Il y a peu d’immigrés africains dans les pays postcommunistes, mais ils font tous l’objet de racisme quotidien. La première décennie de la transition les attitudes xénophobes ne marquaient que le social, pas le politique. Paradoxalement, ce n’est que quand la démocratie s’est consolidée que ces attitudes ont eu recours à l’expression politique : le parti extrémiste au nom emblématique « Attaque ». Entré au Parlement en 2005, il y est déjà pour un second mandat, il s’est implanté aussi au niveau local. Aux élections présidentielles, similairement au cas français, son leader est allé au second tour, tout en éliminant la droite classique[27].

G. Sartori remarque que pendant les années quarante, on savait ce qu’était la démocratie et on en avait une attitude contrastée : ou bien on l’aimait ou bien on ne l’aimait pas[28]. Quarante ans plus tard la démocratie s’est affirmée comme le politiquement correct, mais on ne sait plus, on ne peut plus se mettre d’accord sur ce qu’est la démocratie. Le postcommunisme a effectué la même transition en quinze ans et aujourd‘hui on ne sait pas si le parti nationaliste « Attaque » fait partie du pluralisme démocratique ou en est sa négation. La même incertitude règne dans l’appréciation de ces formes d’engagement où le militantisme est fort, mais les causes ambiguës : pour la sécurité, mais contre l’altérité, pour l’identité nationale, mais contre les différences.

Il y a deux figures du citoyen. Le citoyen « à l’anglaise » est d’abord libéral. Son libéralisme s’est démocratisé ensuite. Le citoyen « à la française » est d’abord un démocrate. « Pour lui, les principes démocratiques n’impliquent pas nécessairement le respect des libertés fondamentales et des valeurs libérales »[29].

Le citoyen postcommuniste est plus démocrate que libéral, sa conception de la citoyenneté est inspirée par l’assimilationnisme républicain : les différences culturelles et ethniques doivent s’effacer dans l’espace public, un idéal politique qui mobilise.

 

Civique

Il y a deux conceptions de la citoyenneté, la première la concevant comme statut, titre, mandat, la seconde comme une responsabilité et une mission fièrement assumée. À ces conceptions correspondent deux types de participation : la première renvoie à une capacité politique passive et se réalise dans la délégation d’un mandat, la seconde à une capacité politique active et se réalise dans l’engagement.

Le postcommunisme continue d’osciller entre les deux. La délégation l’emporte encore sur la participation. La dernière, pourtant, diversifie ses formes. Une étude récente[30] montre que quatre types de conflits mobilisent l’énergie sociale des citoyens postcommunistes : sociaux, symboliques, ethniques et écologiques. Je prendrai le dernier car illustrant le mieux mon thème d’engagement citoyen.

Le capitalisme postcommuniste non respectueux des personnes l’est encore moins par rapport à la nature. Si les sans-abri, les exclus, les marginalisés n’ont pu attirer la solidarité et l’énergie des jeunes, les oiseaux, les plages, les forets menacés par un business irresponsable les ont indignés et mobilisés. Les conflits écologiques s’avèrent prometteurs à deux égards : face à un État souvent complice du business non respectueux de la nature, ils créent de véritables contre-pouvoirs ; ils sont presque les seuls qui arrivent à capter l’attention des jeunes, majoritairement apolitiques, à les mobiliser, à les enthousiasmer[31].

Les trois exemples montrent que les sources de l’engagement sont encore relativement peu nombreuses et parfois instables : extérieures (financements étrangers) dans le premier cas, problématiques (nationalisme) dans le second. Elles ne sont proprement civiques (souci écologique) que dans le troisième cas.

Tocqueville valorise l’activisme privé comme un instrument du civisme. Le gouvernement populaire, parce qu’il implique les citoyens dans la gestion de la république, les convainc de l’identité de leur intérêt propre et de l’intérêt général. Entre la société démocratique et la démocratie politique s’établit un cercle vertueux : l’activité sociale prépare au civisme, qui encourage à son tour l’activité sociale[32].

Ce cercle vertueux reste toujours un défi pour les sociétés postcommunistes.

Trois défis

 

L’individu communiste était engagé, mais pas citoyen. Le centre de ses activités était extériorisé, dans l’Organisation des pionniers, le Komsomol, le Parti…

L’individu postcommuniste a su intérioriser le centre de ses activités Il l’a réussi à tel point qu’il s’est transformé en individualiste. John Stuart Mill constate avec perspicacité : la démocratie se trouve toujours déchirée entre ses deux exigences, d’une part, encourager l’individualisme et d’autre part, le combattre[33]. L’individualisme est à distance égale de l’engagement et du civisme. Les deux premières décennies de la démocratisation postcommuniste n’ont pas réussi à l’atténuer. Trois défis restent à résoudre les décennies à venir pour voir se consolider la figure du citoyen engagé:

– Renverser le rapport désengagement-engagement au profit du second pour ne pas permettre « la dégénération de l’esprit public » ;

– Stimuler l’engagement sans le transformer en profession pour ouvrir la porte au volontariat et à l’imagination civique ;

– Éviter le danger, décrit par Montesquieu, de pouvoir sans loi ou gouvernement où personne n’est citoyen, permettre l’épanouissement de l’individu et faire que la liberté de l’individu n’anéantisse pas celle du citoyen.

La révolution digitale : l’émergence de la click democracy

 

Trois formes de non participation

La non participation prend des formes différentes chez les groupes à divers degrés de digitalisation. J’en distinguerai les non connectés, les connectés et les hyper connectés.

Fracture digitale vs facture digitale est la formule réussie par laquelle Dominique Wolton conceptualise les nouvelles inégalités[34]. Le référent n’est pas les déconnectés, mais les non connectés, non pas ceux pour qui l’accès à Internet est limité par leur choix, mais aux autres n’ayant pas le choix. Leur poids ontologique est plus important que celui des réalités sociales analysées par D. Wolton.

Les connectés vivent des processus intenses d’expérimentation et de multiplication des Soi. Soi renvoie ici à deux traditions sociologiques : à l’interactionnisme de G. H. Mead qui distingue le Moi individuel du Soi social et au Sujet d’Alain Touraine caractérisé par la réflexion de Soi sur sa propre identité.

La présence des connectés sur le Net est intense, forte, diversifiée. Deux tendances la résument. Elle renvoie plus aux jeux identitaires qu’aux engagements et à la multiplication des identités privées, pas tellement des citoyens publics[35].

Ces tendances ont une portée universelle. La dernière est, pourtant, fortement marquée par trois particularités communistes et postcommunistes. Le communisme impose une forte socialisation ou le Soi est plus fort que le Moi. Le centre de la construction de l’individu est extérieur. On pourrait caractériser l’e-société par auto socialisation. L’objectif de cet oxymoron est de souligner que le centre de la construction de Soi est intérieur, le Moi, prend la revanche sur Soi.

Pour le communisme la construction du sujet, au sens de l’ancien régime, pas au sens d’Alain Touraine, était une affaire sérieuse. « La plaisanterie » de Kundera ou toute la carrière et vie du personnage a pu être ruinée pour une simple blague en atteste. Pour l’e-société la construction de Soi, au sens d’Alain Touraine, est un jeu, ludique et créatif.

Si la première particularité du (post)communisme renvoie à la socialisation et la seconde au Sujet, la troisième est liée à la temporalité. Le temps favori du communisme est le futur, la société digitale vit dans le présentéisme – une temporalité plate et sans épaisseur : « On n’espère plus collectivement dans le futur, on veut réussir personnellement dans le présent »[36].

Les hyper connectés sont la « traduction » digitale de l’hyper modernité sociale de Lipovetsky, de l’obsession du plus grand, du plus prestigieux, du toujours plus. Ils soutiennent trois e-causes par jour et signent dix e-pétitions par semaine, mais ne s’engagent vraiment dans aucune. Les hyper connectés sont les citoyens de la click democracy.

Trois formes de participation ou d’e-citoyenneté

 

Informé. L’e-citoyen se rapproche de la troisième figure de la typologie de D. Rizman, le collectionneur d’information. L’informé connecté incarne et renforce ses caractéristiques : accès régulier et facile à l’information ; approche critique ; engagement prudent et tempéré. Il partage, mais relativise aussi, ce que D. Wolton appelle « phantasme de la culture occidentale » comme culture universelle, accessible et profitable à tous[37].

Hater. La surutilisation du virtuel pour « détester » reste un défi pour la politique et la recherche. On ne sait ni comment les compter (sont-ils plus nombreux ou plus visibles), ni comment les juger (sont-ils l’expression d’un extrémisme digital « aimer haïr ensemble dans le virtuel » ou d’une nouvelle liberté). La nouveauté de cette saison électorale en Bulgarie est la professionnalisation de la radicalisation : certains internautes actifs sont payés pour orienter critique, haine et rage vers des cibles politiques.

Empowered. « J’ai voulu être actif, j’ai trouvé le Net et m’y suis épanoui ». C’est la formule qui résume la faculté d’Internet d’affermir les capacités et d’encourager la participation citoyenne. Le parcours d’une blogueuse, unique et typique à la fois, l’illustre : professeur d’université, elle a réagi contre la corruption. La pression de la direction devenait intenable, elle a dû chercher un support. Elle a trouvé l’issue de l’impasse dans Internet. La transparence, le manque de censure, la diffusion rapide et large de l’information ont transformé Internet en un allié fort. La Toile a agi comme une vraie agora de discours publics et responsables, d’acteurs capables de prendre la parole et la défendre. La professeur a change d’institution, mais est toujours restée très active, on et off-line. Ce cas[38] illustre la capacité de la Toile à stimuler l’activité citoyenne, à renforcer les acteurs dans leur confiance de soi et de leurs facultés d’agir.

La triade s’est affirmée comme la forme théorique de ce chapitre, la conclusion va la suivre.

1) L’e-société a réussi à réviser et renverser le fameux calendrier de R. Darendorf. Ce dernier résume la triple transition postcommuniste en trois volets : démocratie, économie de marche, société civile et leur accorde trois temporalités : six mois, six ans, six décennies. L’e-société postcommuniste a complètement bouleversé ce tableau : l’e-gouvernement est le moins développé ; l’économie des nouvelles technologies et des services d’information et de communication est la plus avancée ; l’e-société civile est marquée par la révolution Facebook et les réseaux sociaux.

2) « Impossible is nothing ». Cette formule publicitaire d’avant Internet exprime l’esprit démiurgique de la nouvelle société digitale et de la politique à l’époque du Net. Ce n’est pas le démesuré de l’ambition digitale qui intéresse la présente analyse, mais les changements du sens et des manières de faire la politique dans le passage de la transition postcommuniste à la transition digitale que je vais articuler par rapport aux acteurs sociaux, à l’humeur révolutionnaire et au type de laboratoire social : moins de masse que de groupes d’intérêt ; moins passion que jeu ; moins révolte qu’expérimentation.

D. Wolton pose la question du rapport entre projet technique et projet politique[39]. Le projet politique de l’imprimerie a été la Réforme, celui de la radio et télévision, la démocratie de masse. Quel est le projet politique de l’Internet ? La question reste ouverte.

3) L’e-sujet est déjà construit, l’e-citoyen reste encore plus promesse que projet…


[1]. Les exemples sont pris essentiellement dans la société bulgare mais la validité des analyses et des conclusions est plus large.

[2]. Nonna Mayer & Anne Muxel, « Introduction », in Annick Percheron, La socialisation politique, Paris, Armand Colin, pp. 7.

[3]. Nom de la première organisation pour les jeunes de 8 à 13 ans.

[4]. Thomas Marshall, Class, citizenship and social development. New York, Anchor books, 1965.

[5]. Karl Marx, La question juive, Paris, Plon, 1843.

[6]. Cf. Paul Magnette, La citoyenneté. Une histoire de l’idée de participation civique. Bruxelles, Bruylant, 2001.

[7] J’empreinte ces belles formules à Paul Magnette, op. cit.

[8]. Jérôme Jaffré & Anne Muxuel, « S’abstenir : hors du jeu ou dans le jeu politique », in Pierre Brechon, Annie Laurent & Pascal Perrineau (dir.), Les cultures politiques des Français, Paris, Presses de Science Po, 2000.

[9]. Jérôme Jaffré & Anne Muxuel, op. cit., p. 20.

[10]. Cf. Ronald Inglehart, La transition culturelle dans les sociétés industrielles avancées, Paris, Economica, 1973.

[11]. Jérôme Jaffré & Anne Muxuel, op. cit., p. 20.

[12]. David Rizman, La foule solitaire. Anatomie de la société moderne, Paris, Arthaud, 1992.

[13]. Cf. Zygmunt Bauman, Liquid modernity, Cambridge, Polity, 2000 & Gilles Lipovetsky, Sébastien Charles & Pierre-Henri Tavoillot, Les temps hypermodernes, Paris, LGF, 2006.

[14]. Dépourvu de toute préférence idéologique, il était responsable de la sécurité à la fois de l’ancien leader communiste Todor Jivkov et de l’ex monarque Siméon.

[15]. Son parti Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie n’a que 116 députes au Parlement sur un total de 240.

[16]. Le leadership personnalisé est une tendance beaucoup plus générale, caractérisant aussi les démocraties occidentales : « this demand for ‘personalized leadership’ is one of the major factors explaining citizens political motivations and participation », Gianpietro Mazzoleni, « A return to civic and political engagement prompted by personalized political leadership? », Political communication, vol. 17, n° 4, 2000, pp. 326.

[17]. Cf. Anna Krasteva, « L’individualisme postcommuniste », in Jean-Paul Payet & Alain Battegay (dir), La reconnaissance à l’épreuve, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2008.

[18]. Cf. Paul Magnette, op. cit.

[19]. Cf. Ronald Inglehart, op. cit.

[20]. Anna Krasteva, op. cit.

[21]. Benjamin Constant, De la liberté des anciens comparée à celle des modernes, 1819.

[22]. Zygmunt Bauman, op. cit.

[23]. Cf. Jean Leca & ¨Pierre Birnbaum, Sur l’individualisme : théories et méthodes, Paris, Presses de la FNSP, 1986, rééd. 1991.

[24]. Cf. Anna Krasteva, « L’individualisme postcommuniste », in J.-P. Payet & A. Battegay (dir), La reconnaissance à l’épreuve, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2008

[25]. Theodora Vetta, « Democracy building in Serbia : the NGO effect », Journal Southeastern Europe, vol. 33, 2009.

[26]. Cf. Anna Krasteva, Being a citizen: not a profession, but a commitment, 2008, disponible sur <ceetrust.org/csf/>.

[27]. Contrairement au cas français où Le Pen a éliminé la gauche au second tour des présidentielles.

[28]. Cf. Giovanni Sartori, Théorie de la démocratie, Paris, Armand Colin, 1973.

[29]. Dominique Schnapper, Qu’est-ce que la citoyenneté, Paris, Gallimard, 2000, p. 50.

[30]. Anna Krasteva, Conflit, confiance et démocratie en Europe de l’Est, communication au colloque La Chine et l’internationalisation de la sociologie, Lyon et Paris, 30.06-4.07.2008.

[31]. Ibidem.

[32]. Paul Magnette, op. cit., p. 236.

[33]. John Stuart Mill, Considération sur le gouvernement représentatif, 1861.

[34]. Dominique Wolton, « Fracture numérique ou facture numérique ? », in Serge Proulx & Francis Jaureguibery, Internet, un nouvel espace citoyen. Paris, Éditions l’Harmattan, 2003, pp. 31-36.

[35]. Cf. Serge Proux & Francis. Jaureguibery, op. cit.

[36]. Francis. Jaureguibery, « Internet comme espace inédit de construction de soi ? », in Serge Proulx & Francis Jaureguibery, op. cit., p. 230.

[37]. Dominique Wolton, op. cit.

[38]. Interview approfondie dans le cadre du projet de recherche E-citoyenneté que l’auteur dirige.

[39]. Dominique Wolton, op. cit.

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