Les Indignes d’Internet

Si les indignés n’existaient pas, Internet les aurait créés. Je commence par la thèse que je vais argumenter en l’articulant en deux prédécesseurs, sept caractéristiques et quatre figures. Deux remarques préliminaires s’imposent.

L’une concerne la distinction entre deux générations de la démocratie digitale. La première est celle de la démocratie délibérative qui fonctionne dans la sphère publique virtuelle Habermassienne d’après les normes de la communication rationnelle. Elle a été beaucoup critiquée pour son esprit utopique et la surestimation de la rationalité et de la délibération. La seconde génération est centrée sur le citoyen en réseau. Ce citoyen est moins analyseur qu’utilisateur. Il est plus retiré dans la sphère privée, plus autonome aussi. Ces individus autonomes ont accès à une multitude d’espaces politiques choisis. Ce citoyen en réseau est l’auteur et le moteur de l’innovation démocratique[1].

La seconde remarque est inspirée par le printemps érable avec son slogan « Le bruit de nos casseroles sont les cris d’une société en colère ». L’idée de casserole (inspirée des précédents chilien et vénézuélien) est lancée par un professeur qui en crée un évènement sur Facebook. Son succès foudroyant va dépasser tous les pronostics. Cette sonorité violente nous fait entrer dans les deux registres explicatifs de ce mouvement de contestation fort et inédit dans la société québécoise plutôt consensuelle – la force mobilisatrice des réseaux sociaux et la vague des Indignés qui déferle de l’Espagne au Québec, de New York à Sofia.

L’article est publie dans:
Krasteva A. E-citoyennetes. Paris: Harmattan, 2013.

Les prédécesseurs

 Les hackers, hippies de la révolution digitale

 « Nous explorons… et vous nous appelez criminels. Nous recherchons la connaissance …et vous nous appelez criminels. Vous construisez des bombes atomiques, vous financez des guerres, vous tuez, trichez, vous nous mentez et essayez de nous faire croire que c’est pour notre bien et c’est encore nous les criminels. Oui, je suis un criminel. Mon crime est celui de la curiosité. Mon crime est de vous surpassez… Je suis un hacker et ceci est mon manifeste[2]. »

Le Manifeste du hacker annonce haut et fort l’opposition radicale entre offline et online, entre le monde réel du pouvoir et le monde digital de la liberté.

Les premiers grands prédécesseurs des Indignés d’Internet sont les hackers. Pour leur goût de la liberté et de la contestation, mais aussi pour leur maîtrise de l’espace digital. « Pas d’Internet sans hackers » affirment Fréderic Bardeau et Nicolas Danet[3].

Internet démocratise l’innovation[4] qui devient ascendante: l’architecture d’Internet place le potentiel d’innovation à la périphérie du réseau, dans les ordinateurs et les logiciens qui les connectent. La toile  offre à chaque utilisateur le potentiel d’innover. Cette innovation ascendante et collaborative diminue la distance entre utilisateur et créateur[5]. Les premiers utilisateurs d’Internet – qui en sont aussi les créateurs – préfèrent détourner l’usage des ordinateurs pour créer des choses nouvelles[6] : « Ils sont déjà des pirates, au sens grec du terme perayo, signifiant ‘essayer de’, ‘tenter sa chance à l’aventure’ »[7]

La mégère apprivoisée renvoie à un idéal désuet, le charme d’Internet est dans son indocilité, dans sa capacité à échapper au contrôle, la Toile ne se laisse pas apprivoiser. Bien le contraire, elle se mobilise exactement comme périphérie, différente et opposée au centre : « Il n’est pas surprenant que les premiers groupes politiques sur Internet aient été les groupes les moins verticaux et les moins structurés »[8] – les zapatistes au Mexique, les sans droits (sans papier, sans abri, chômeurs) en France. Dès son origine, Internet est multicolore, innovant et efficace lors qu’’utilise par et pour les mobilisations citoyennes, pale et ennuyant dans ses usages institutionnels.

Pas d’Internet sans hackers, mais aussi pas de hackers sans autonomie du cyberespace. D’où la volonté de se l’approprier, la radicalité du changement, la révolution revendiquée. Le Manifeste du hacker (1986) est la pierre angulaire, la Déclaration de l’indépendance du cyber espace (1996) dix ans plus tard confirme et radicalise le rejet du pouvoir existant et la création du nouveau monde de liberté et souveraineté digitale :

« Gouvernements du monde industriel, je viens du cyberespace, la nouvelle demeure de l’esprit. Vous n’avez aucun droit de souveraineté sur le territoire où nous nous rassemblons. Je m’adresse à vous avec la seule autorité que donne la liberté elle-même lorsqu’elle s’exprime. Je déclare que l’espace social global que nous construisons est indépendant, par nature, de la tyrannie que vous cherchez à nous imposer. Vous n’avez pas le droit moral de nous gouverner, pas plus que vous ne disposez de moyens de contrainte que nous ayons de vraies raisons de craindre »[9].

Les philosophes Andre Gorz et Pekka Himanen théorisent le hacker comme l’expression d’une nouvelle conception d’un monde de partage de l’information, de logiciel libre, de production coopérative en réseau, de rapport alternatif au travail, à l’argent, au temps[10] :

« Nous sommes en train de créer un monde ouvert à tous, sans privilège ni préjugé qui dépende de la race, du pouvoir économique, de la puissance militaire ou du rang de naissance. Nous croyons que c’est à travers l’éthique, l’intérêt individuel éclairé et le bien collectif, qu’émergera la conduite de notre communauté. Nous allons créer une civilisation de l’esprit dans le cyberespace. Puisse-t-elle être plus humaine et plus juste que le monde que vos gouvernements ont créé auparavant »[11].

Le logiciel libre, la production en réseau et le partage lance un défi au monde de la concurrence exacerbée. L’éthique des hackers attaque le noyau de l’éthique protestante – la propriété capitaliste.

 De la contre-culture des 60 à la cyberculture des 10

 La contre-culture de 1968 est le second prédécesseur des Indignés. Révoltés contre le consumérisme, le conformisme, le matérialisme, les hippies des années 1960 chantent l’utopie de la liberté et de l’autonomie, rejettent les pyramides pour les réseaux, sacrifient avec joie l’autorité a l’autel du nouveau lien social et la solidarité. À ce mixte de contestation, valeurs et utopies, on ajoute aujourd’hui Internet, réseaux sociaux, blogs et autres gadgets digitaux pour réussir l’alchimie de la cyberculture contemporaine.

Communications riment avec contre-culture, réseaux informatiques avec messages alternatifs. « La coïncidence n’est pas fortuite. C’est à San Francisco que s’embrase, en 1967, le Summer of love de la jeunesse américaine et que, un an plus tard, Doug Engelbart, directeur du Stanford Research Insitute, […] montre comment la coopération entre deux ordinateurs peut augmenter l’intelligence humaine »[12]. Dans les deux cas l’inspiration est la même : l’aspiration à reconstruire la société par le bas.

Zen and the art of motocycle maintenance. An inquiry into values, le roman-phare de Robert Pirsing résume le culte du micro, du Do it yourself, du bricolage pour se (re)constuire soi-même et changer le monde.

Luc Boltanski et Eve Chiapello ont montré que la critique du capitalisme entame deux chemins : social dont l’objectif est la transformation les relations de domination et artistique qui aspire à changer les individus par l’authenticité et la créativité. Les Indignés d’aujourd’hui ne veulent ni plus ni moins que « changer le système », Dominique Cardon situe les prédécesseurs dans la seconde mouvance : Internet a été porté par la critique artiste. « Libertaire, son centre de gravité est l’autonomie de l’individu, l’auto-organisation et le refus des contraintes collectives[13]. »

Avoir des prédécesseurs dans cette vision optimiste et enchantée de la démocratie Internet n’est pas considéré comme répétition. Chaque utopie est conçue comme première et ses fondateurs – comme pionniers. La contreculture de la fin des années 60 et la cyberculture des années 10 chantent toutes les deux le nouveau monde de liberté et d’autonomie, fondé sur l’échange, la créativité et les réseaux.

 Caractéristiques

 Se cacher pour dire et faire plus

Je ne vais commencer par la plus importante, mais par la plus visible : l’invisibilité, l’anonymat. Le masque de Guy Fawkes est l’image emblématique des Indignés et des Internautes subversifs, leur acteur le plus connu et reconnu – Anonymous. C’est du jeu ou du sérieux ? C’est de l’ordre du défi ou du développement de la démocratie ?

Une chose est certaine – le goût pour l’anonymat est tel qu’on en déploie une large palette de formes, y compris le pseudonimat. Wu Ming en illustre l’ambition et le profil. En chinois ce pseudonyme signifie à la fois « 5 noms » et « anonyme » et il englobe cinq auteurs qui publient sur l’abandon des droits d’auteurs. Dans l’esprit de ce qu’ils professent ils rendent disponibles et « free » tous leurs textes en ligne[14]. Internet n’a pas inventé le pseudonyme – on connaît Nicolas Bourbaki, ce nom sous lequel plusieurs mathématiciens ont publié leur recherches. Ce qu’Internet a fait, c’est d’en amplifier et d’en démocratiser l’usage en quittant la sphère des élites intellectuelles et culturelles. Si le premier objectif est la démocratisation, le second est encore plus ambitieux – la construction et la légitimation de sujets collectifs, critiques et contestataires.

Les messages sont éminemment politiques : accuser l’opacité du pouvoir ; renverser – même dans le ludique – les rapports de domination ; affirmer une citoyenneté active et engagée. 

Le masque et l’anonymat lancent un défi aux politiciens dont les visages sont ouverts, mais l’information est souvent opaque et affirment un espace public renversé ou les visages sont cachés, mais les informations sont transparentes, comme en atteste Wikileaks.

L’anonymat est le masque favori du carnaval citoyen. Bakhtine nous l’a fait comprendre comme un espace fort et unique de changement d’identité, de genre, de rôle, de renversement des hiérarchies – les autorités surveillant les citoyens sont remplacées – pour le temps utopique de la fête populaire – par des citoyens surveillant les autorités. Les citoyens masqués font ce que les citoyens non masqués n’osent ou ne peuvent pas – rendent publiques des informations institutionnelles, commentent ou participent indépendamment des restrictions professionnelles, politiques, etc.

Le masque porte deux autres messages. Il est la représentation parfaite du symbole vide que chaque Internaute ou citoyen est libre de remplir du contenu désiré.

Le triptyque masque-persona-personne renvoie à deux conceptions de citoyen : dans la vision grecque la cité vient d’abord, l’individu – ensuite, la conception romaine voit l’individu d’abord, la cité ensuite :

« La langue grecque reconnait la primauté de la cité sur le citoyen ; la langue latine connaît d’abord le citoyen, dont elle dérive la cité et la citoyenneté ; la citoyenneté est un statut de réciprocité[15]. »

L’indigné d’Internet est l’individu éminemment public. Nikolas Sarkozy avait lancé l’appel à « civiliser Internet »[16]. Les Anonymous refusent de se civiliser et affichent leur identité sauvage, rebelle et contestataire.  L’anonymat est le meilleur allié quand on décide de « lancer des luttes politiques contre des régimes dictatoriaux ou de passer outre des lois liberticides dans les démocraties »[17]

Les Anonymous ne sont pas les premiers à lier anonymat et démocratie, ce lien a toujours existé, fort et intouchable dans la conception du vote. Ce que les Anonymous ont fait – précédés par innombrables Internautes – c’est d’étendre son application à d’autres formes de l’e-participation.

  S’indigner pour pouvoir prendre la parole

Les Indignados de Puerta del Sol et de Occupy crient le paradoxe démocratique: les citoyens doivent s’indigner et s’insurger pour pouvoir prendre la parole. Un jeune Bulgare s’est immolé devant le Conseil municipal de Varna, des dizaines de milliers sont descendus dans les rues en Bulgarie pour se faire entendre par un gouvernement enveloppé par la surproduction de son propre discours populiste et sourd pour les paroles de ses citoyens.

Michel de Certeau avait décrit Mai 68 comme prise de parole, Occupy aspire à créer un espace permettant la conversation – pour une démocratie vraie, directe, participative[18].

Les deux Mai essaient de faire le pont entre les pôles de l’espace public de plus en plus éloignés : les interactions entre les individus, d’un côté, l’univers de plus en plus professionnalisé et clos de la politique, d’un autre côté[19].

Nancy Fraser analyse l’élargissement de l’espace public contemporain par deux procédés : inclusion dans le débat public des thèmes qui étaient marginalisés ou exclus avant et inclusion de nouveaux acteurs/auteurs. La révolution digitale assure l’infrastructure technologique et stimule la culture participative qui pousse encore plus loin ces développements. Dominique Cardon décrit l’élargissement de l’espace public par deux dynamiques orthogonales : « Internet pousse les murs tout en enlevant le plancher »[20] . Il déploie une version numérique de la conception de Nancy Fraser : « Le droit de prendre la parole s’élargit a toute la société. L’espace public s’élargit de toutes parts et dans tous les sens »[21]. La fracture digitale attenue la validité de l’optimisme technologique.

 Ce que les Indignés ont clairement montré c’est que la prise de parole – et l’écoute de la parole citoyenne – est moins fonction de la force des technologies que de la force de l’indignation et de la contestation. Et ce n’est que par la contestation que le citoyen est vu et reconnu – la personnalité de l’année[22] pour Time magazine est the protester.

Les Indignés Internet sont la figure emblématique de grassrout empowerment, de electronic grassrouting of democracy.[23]

Les Indignes d’Internet ne sont pas les seuls indignes, ils ne sont qu’une des expressions de cette vague de contestation, rejet et révolte qui ne connait pas de frontières et qu’on retrouve dans les sociétés pauvres comme dans les sociétés riches. « L’époque contemporaine se caractérise, ainsi, par une logique de la résistance qui se manifeste par une rhétorique de l’indignation et par une géopolitique de la rupture». [24] Le succès foudroyant de « Indignez vous ! » en atteste – il est devenu le manifeste de cette nouvelle époque de la contestation. L’indignation n’est pas conçue comme négativité et rejet, mais comme construction et positivité. Elle s’affirme comme la  voie privilégiée de construction du citoyen actif et responsable : « Indignez-vous ! Je vous souhaite à tous, a chacun d’ entre vous, d’avoir votre motif d’ indignation. Quand quelque chose vous indigne, on devient militant, fort et engage »[25]

             Rêve et Utopie

À une des assemblée des Occupy quelqu’un demande à tous ceux qui veulent rêver de lever la main, une poignée de mains se lève[26]. Marina Sitrin, une des auteurs d’Occupy, le livre qui rassemble les textes et les témoignages des indignés, se définit comme écrivaine, avocate, activiste, idéaliste.

Les Indignés s’insurgent, mais rêvent aussi. Ils ne veulent pas canaliser la contestation dans les rails du pragmatisme politique. Ils aspirent à créer un espace utopique et alternatif, « l’espace le plus ouvert, participatif et démocratique possible. Nous faisons tous de notre mieux pour incarner, dans nos relations quotidiennes, le changement que nous désirons »[27]. Cet idéal assumé est résumé dans le titre de l’ouvrage de John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir[28].

Le genre utopique est la preuve que les Indignés, les Occupy ne s’apprêtent pas à passer dans la politique politicienne, mais veulent changer la politique de l’extérieur, en posant l’idéal par rapport auquel les citoyens vont évaluer les développements démocratiques.

 Revendications « abstraites »

De la baisse du prix de l’électricité pour les ménages à une nouvelle Constitution, du rejet des monopoles à la diminution du nombre des parlementaires, les revendications du « printemps Bulgare »[29] sont tellement hétérogènes, disparates, contradictoires, mélange entre le court et le long terme, demandes concrètes et justes et reformes politiques plus qu’ambiguës. Ce mix est la cible des critiques des indignés bulgares, le procédé le plus facile pour les dévaloriser et ridiculiser.

Anticipant un tel risque, les Occupy se sont bien gardés de revendications concrètes : « Nous avons décidé de ne pas nous inscrire du tout dans un cadre de revendications »[30]. Leurs cibles sont plus globales et « abstraites » – la financiarisation extrême du capitalisme, la dictature des marchés financiers, l’arrogance des 1 %.

Au monde dominé par les marchés et les finances les Indignés et les Occupy opposent le monde démocratique tourné vers les citoyens et fait par les citoyens. Comment appeler cette nouvelle forme de démocratie? Directe ? Elle ne se reconnaît pas dans les mots trop descriptifs, trop usés et cherche la fraîcheur de la nouveauté et de la normativité – la vraie démocratie :

En Espagne ils crient : Democratia Real Ya ! En Grèce ils se sont remis à utiliser le mot du grec ancien, Demokratia. Bientôt, je l’espère, dans nos parcs et sur nos places, dans nos quartiers, nos écoles, nos lieux de travail, nous nous écrierons tous d’un même élan : démocratie vraie[31].

 Mouvement sans leader, ni hiérarchie

13 juin 2012 – l’anniversaire du premier ministre bulgare Boyko Borisov. Tôt l’après-midi on lance sur Facebook l’appel « Retirons le cadeau de Boyko ! Bloquons le Pont aux Aigles contre la Loi des forets ». Le profil Facebook est créé le jour-même. Malgré son apparition immédiate sur la Toile, 2 062 personnes s’inscrivent à l’avènement. Une partie d’eux bloque le carrefour au centre de la capitale. Quelques filles et garçons reproduisent avec joie le geste favori des Indignés – offrent des fleurs aux policiers lourdement armés. Le lendemain un autre utilisateur Facebook crée le groupe « Monsieur le Président, venez avec nous ! Nous revendiquons le veto sur la loi des forets ». Le profil est créé de nouveau le même jour, il mobilise 4 487 signataires, on bloque de nouveau la circulation.

Le happy end ne tarde pas – le président utilise son droit de veto, les manifestants se réunissent de nouveau non plus pour bloquer, mais pour planter des fleurs à la place de celles écrasées[32].

Une histoire bulgare comme il y en a partout – de Madrid  à New York, d’Athènes à Reykjavik. Comme règle, ces mobilisations n’ont pas de leaders, l’appel Facebook est explicite là-dessus : « Il n y a pas d’organisateurs. Diffuse urgemment par mails, Facebook, Skype, SMS[33])

Sans leader est une belle absence. Comment la remplir ? Comment nommer positivement le manque de hiérarchie ? Les Occupy ont forgé le terme de « horizontalidad » inspiré par Argentine de 2002. Ils l’illustrent par différents gestes : une surface plane en écartant les deux mains à plat ou une montagne pentue par les mains jointes par le bout des doigts. La conception de la horizontalidad est encore plus belle que le geste, elle aspire au double objectif de faire agency, un nouveau sujet engagé, et de refonder le lien social :

« Une relation sociale qui permet la création d’autres choses, mais c’est aussi un but en soi : le but est de développer la participation et l’horizontalité même. Horizontalidad désigne et décrit les changements qui surviennent lorsque le processus participatif lui-même nous transforme[34]. »

 La Génération Y – connectée et indignée

On souligne à chaque fois quand les adultes joignent le printemps érable ou les Indignados de Puerta del Sol – ça ne fait que souligner leur exceptionnalité. Les Indignés d’Internet sont un phénomène générationnel.

 Indignés  sur places + Indignés d’Internet

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jeunesse début XXI ou la génération Why

 Cette nouvelle jeunesse – connectée, méfiante et indignée – est labélisée « Y »[35]. D’abord et surtout, parce que la Génération Y[36] n’accepte ni les évidences, encore moins les autorités et questionne tout, mais aussi parce qu’elle échappe souvent à l’intelligibilité’ et reste une énigme pour les parents. Ce sont les natifs numériques,  ils se sentent les hôtes et les maitres du monde digital dans lequel les adultes – dans tous leurs rôles de parents, politiciens, leaders, etc. – ne sont que des étrangers ou methèques. Même quand les derniers essaient de s’y intégrer, ils n’en deviennent jamais les auteurs. On les appelle les quatre « I »  – interconnectés, inventifs, individualistes, impatients. Tradition est un mot vide, institution – un peu moins, mais  ils y sont profondément déloyaux : ils ne se laissent pas guider, ne suivent pas, ils cherchent, expérimentent, innovent. La politique traditionnelle les ennuie, ils cherchent l’action immédiate et la posture radicale.

Les Y ont une mission – se révolter et un objectif – un monde plus juste :

« Il faut se révolter. Les Y se vivent comme les acteurs majeurs d’une société dont ils veulent accompagner les mutations. Et rien ne les révoltent plus que l’injustice[37] ».

 Humour – dérision et défoulement

L’indignation n’est pas l’unique émotion des indignés, l’humour en atteste :

« Pas besoin de boulot, j’ai trouvé une occupation[38] »

L’humour est l’arme favorite de la politique contestataire. Ses acteurs s’ingénient à en inventer des expressions les plus extravagantes et diversifiées : Boris Johnson gagne le siège de maire avec le slogan « Si vous votez pour moi vos épouses auront des seins plus grands et vous augmentez les chances à conduire une BMW M3 ». Il a même réussi à obtenir un second mandat, car il n’avait pas précisé combien de mandats sont nécessaires pour la réalisation du slogan.

L’humour est tellement puissant qu il se transforme en vrai demiurge et crée ses propres figures politiques : « nous n’avons pas des politiciens, mais des comédiens » déclare le parti Die PARTEI en Allemagne. Un des leaders favoris des Brésiliens est le clown professionnel Tiririka qui devient maire d’une des plus grandes métropoles mondiales Sao Paolo avec le slogan : « Que fait un élu ? Je ne sais pas, mais si tu votes pour moi je vais étudier la question ». Un autre comique professionnel Beppe Grillo est en train de bouleverser la scène politique italienne.

Si l’humour n’existait pas, les Indignés les auraient inventé. Pourquoi le registre oppose à l’indignation est si curial pour la dernière ?

D’abord et surtout par son opposition constructive à la colère et à la rage.  Il fait baisser la tension, aide à surmonter les contradictions en les sublimant dans la blague et la dérision. Il contrebalance l’exaspération de l’explosion par ouvrant une piste à l’espoir que tout n’est pas perdu, si on montre les failles et les faiblesses, on aura aussi la force de trouver une solution.

La seconde force de l’humour contestataire vient de son enracinement dans la culture cool de la Génération Y.  L’objectif du défouloir est de « dissiper soucis et colères, d’acheminer vers cet idéal des jeunes, le ground zero de l’énervement : le cool ».[39]

La troisième attrait de l’humour fait de lui l’espace par excellence de la créativité, expérimentation,  imagination ce qui est bien le terrain de mouvements qui n’aspirent pas à la politique politicienne, mais a la création d’alternatives.

 L’homme augmenté

Simmel a une belle définition de l’amour : les amoureux grandissent ensemble dans la relation. Une des plus belles images utopiques des Indi gnés et Occupy est la croyance qu’ils se rassemblent nous seulement pour faire plus, pour faire masse,  mais pour que chacun grandisse dans la contestation et la citoyenneté engagée :

Les Occupy disent « combien cette nouvelle relation avec leur environnement social  les avait transformés, combien l’idée même de « je »,  s’était modifiée dans sa relation a l’idée d’un nous, un « nous » lui aussi transformé dans sa relation au « je » » [40]

 Figures

 Je vais articuler quatre figures ou cas des Indignés d’Internet : les Anonymous, les auteurs de la Constitution islandaise, les nouveaux leaders de l’e-rue, la diaspora digitale et contestataire bulgare.

 Anonymous – se cacher pour mieux lutter

 « Nous sommes Anonymous. Nous sommes légion », « Nous sommes les 99% » – les petites minorités des Anonymous et des Occupy ont la confiance de représenter la majorité écrasante des citoyens.  Si le dernier reste à prouver, il est incontestable que le phénomène des Anonoymus connait une forte expansion : des modestes 10 cyber attaques en 2009 aux impressionnantes 100 cyber cibles juste deux ans plus tard. Ces cibles sont de trois types : organisations[41] et individus[42] qui représentent un danger  pour les droits et valeurs citoyens ; grandes compagnies qui menacent la liberté d’expression[43] ; régimes non démocratiques.[44] Le printemps arabe inspire certaines de leurs actions comme le délaçage de la page d’accueil du site du Ministère de la défense de la Syrie. Ils menacent le gouvernement égyptien : « Anonymous veut que vous offriez pleinement le libre accès aux médias dans votre pays, sans censure. Si vous ignorez ce message, non seulement nous attaquerons vos sites web, mais… »[45]

Les cyberattaques des Anonymous sont une des expressions de l’indignation Internet.  Ce qui approche encore plus Anonymous et Indignés sont à la fois les cibles – la gouvernance néolibérale, ainsi que les principes positifs – la défense de la liberté d’expression, le partage des connaissances et la croyance en la faculté bénéfique du réseau.[46]

 Crowdsourcing politique ou expérimenter à l’islandaise l’e- démocratie directe

Wikipédia définit crowdsourcing comme un nombre important de personnes qui travaillent gratuitement pour un projet qui peut varier d’un logiciel libre à la Wikipédia elle-même. Le cas qui nous intéresse est une Constitution, ni plus, ni moins.

Qui a pu avoir le courage d’oser faire descendre la Constitution du plus haut piédestal politique et juridique dans l’espace quotidien de Facebook ? Un peuple, dont l’expérience et la culture démocratique datent de plus de 1000 ans et  qui charrie l’idée d’agora et de rassemblement populaire, que le nombre d’habitants (320 000) n’écrase pas.   

Une expérimentation de telle radicalité nécessite un déclencheur gigantesque et l’a reçu sous la forme du tsunami de crise, faillite des banques, dette 10 fois le PNB  et discrédit total des élites. Quand la classe politique  abdique de ses responsabilités, il n y a que les citoyens qui peuvent prendre la démocratie en main.

C’est le cas de l’Islande de 2008. Transformer la rage et la colère de la crise totale – financière, économique, politique  – en énergie positive est un défi difficile à gagner.   Les citoyens islandais l’ont fait avec courage et engagement.

La citoyenneté n’est pas quantifiable, sa force est dans le capital symbolique de la participation. Quelques chiffres pourtant pour illustrer la création de la WikiConstitution : brainstroming sur la question  « Ou est-ce qu’on veut aller » avec la participation de 1000 citoyens moyens et certain grands penseurs. Cette première étape de mobilisation des réseaux sociaux finit par une liste de valeurs partagées. Un appel à candidatures pour la Cour Constitutionnelle (CC) a été lancé et 522 citoyens ont répondu positivement. Le vote populaire a sélectionné parmi eux les 25 membres de la CC. Tous les réseaux sociaux – Facebook, Twitter, Youtube, Flickr – ont été mobilisés pour la cause constitutionnelle et les citoyens ont formulé 3600 commentaires et 370 suggestions.

La qualité juridique de la Constitution islandaise n’est pas pertinente pour mon analyse.  Cinq conclusions sont à retenir de l’expérimentation islandaise :

·         La transformation des Indignés de la rue en e-citoyens actifs et engagés ;

·         La réputation du crowdsourcing pour mobilisations de masse – il s’est avéré aussi efficace et réussi pour la Constituions que pour Wikipédia.

·         L’expérience inestimable de dialogue entre citoyens et experts, la créativité des premiers et la responsabilité des seconds à traduire dans un discours juridique valeurs et  idées.

·         La transition douce entre e-démocratie directe et la démocratie représentative qui a succédé.

·         L’écho démocratique qui a largement dépassé les frontières islandaises et qui continue à inspirer des citoyens partout en Europe et au-delà pour inventer de nouvelles formes d’e-démocratie et réinventer la démocratie tout court.  

 La Toile étoilée italienne – indignation et comedia del arte

Comedia del arte sur les places italiennes plus avantgarde dans les réseaux sociaux sont les deux premiers atouts du succès foudroyant de Beppe Grillo en Italie 2013 : de 5% dans les sondages en 2012 aux incroyables 25% au vote en février 2013. «La rue et l’e-rue sont les espaces favoris de cette nouvelle star de la politique italienne : les foules sur les places et le million amis sur Facebook et le nombre similaire de followers sur Twitter. Son opposant – le socialiste Bersani n’en a que le quart.[47] Le blog de Grillo est le plus lu en Italie. C’est l- e leader par excellence.

Ça fait vingt ans Berlisuconi s’adressait directement aux électeurs à travers ses télévisions. Aujourd’hui Grillo s’adresse directement aux électeurs à travers les réseaux sociaux.

Le secret de son succès est le va-et-vient permanent entre la rue et le-rue : il invite ses amis Facebook aux débats directs, aux  « meet-up groups » offline. Il ferme le cercle de l’engagement quand à­­ ses meetings il invite le public à rester connecté et actif. Le processus politique a été transféré on-line : 35 000 sympathisants ont élu leurs candidats aux élections parlementaires par Internet avec la conviction que les citoyens ordinaires feront mieux la politique que l’élite corrompue.

Ses électeurs sont les Indignés d’Internet et du direct. Il capte leur colère, leur mépris du politique avec son discours anti-establishment, anti-élite, anti-corruption.  Si les Indignés ne sont qu’une minorité – bien que de plus en plus importante – ils expriment une tendance générale – la confiance dans les partis traditionnels diminue drastiquement, le nombre de participants dans les réseaux sociaux augmente.

             Le printemps bulgare digital

Le printemps bulgare de 2013 a vu descendre dans les rues de nombreuses villes bulgares des centaines de milliers de manifestants. Les revendications se multipliaient – des prix inabordables de l’électricité à cause des monopoles à la corruption des élites nationales et locales à la pauvreté généralisée. Facebook et les réseaux sociaux – comme dans tous les ‘printemps’ – étaient à la fois le mégaphone des organisateurs, l’agora des manifestants virtuels, le forum des discours critiques. Je vais me concentrer sur un évènement qui est emblématique pour mon thème – la mobilisation des Bulgares de la diaspora dans quelques dizaines de villes européennes. L’online et l’offline ont créé la réalité ‘augmentée’[48] de la citoyenneté connectée engagée. Au début était, évidemment, Facebook : sa page de l’organisation ‘Ensemble pour la Bulgarie’ à Munich en Allemagne a appelé :

Chers amis, nous qui allons tous manifester demain, on aura l’honneur d’être part de la même initiative. Nous, les cocitoyens de nombreux pays européens, on va se ranger pour présenter avec nos corps une lettre et écrire ensemble Bulgarie.   Montrons que les Bulgares peuvent être unis, même loin les uns des autres.

25 villes européennes ont vu les Bulgares se réunir pour montrer leur solidarité. Toutes les villes Bulgares – à travers les télévisions et Internet – ont vu les Bulgares de la diaspora faire citoyenneté commune avec les Bulgares de Bulgarie.

Berlin a dessine ‘B’, Dusseldorf – U’, Londre – ‘L’, Vienne – ‘G’, Paris, Munich, Dublin, Lille – les autres lettres du nom du pays, Varna – la ville-symbole du printemps bulgare – a dessine tout le mot « Bulgarie’’. Le caractère utopique de cette nouvelle politique symbolique est souligné par le dernier mot du clip : « Ce vidéo exprime la force du désir, la folie du non traditionnel, la confiance dans les inconnus, l’amour dans la vie »[49].

Rassembler dans une réalité ces morceaux dispersés dans plusieurs villes et pays n’est possible que dans l’Internet, dans le vidéo[50] diffusé par Youtube. Le Web s’affirme comme une nouvelle république citoyenne digitale de contestation, solidarité, fierté nationale.

Conclusion

Comment théoriser les Indignés d’Internet ? La théorie des nouveaux mouvements sociaux offre un cadre analytique intéressant qui met l’accent sur life politics et projets réflexifs de soi (Anthony Giddens), signification, autonomie, créativité :

New actors whose identity is flexible, fragmented and shifting do not seek control, power or economic gain. Instead, the struggle is oriented toward control over the process of meaning, autonomy, creativity of relationships, and ways of defining and interpreting reality[51]

 

Le diagnostic théorique de ce modèle transfère le conflit social de la sphère politique a la société civile et la sphère culturelle ou se jouent et se reconstruisent les identités et les nouvelles solidarités.[52] Ce modèle explique plusieurs dimensions des Indignés Internet, comme les hackers, Anonymous, la Génération Y. Il reste pourtant déficitaire par rapport aux autres phénomènes analysés comme les 5 étoiles en Italie, la réinvention de la démocratie en Islande, le printemps bulgare digital. Ces cas montrent une nouvelle ambition – accéder au vif de la politique par une critique radicale et par une nouvelle définition de la démocratie – citoyenne et connectée. Le modèle théorique pour expliquer cette nouvelle e-citoyenneté reste encore à inventer.

 

Je résumerai les changements dont les Indignés Internet sont à la fois l’expression et les porteurs :

  • De l’apathie et fatigue démocratique à l’explosion de l’engagement ;
  • De la non participation à la révolte ;
  • De l’individualisme à l’action collective ;
  • Du consumérisme aux valeurs politiques du partage ;
  • De l’individu en réseaux à l’individu augmenté ;
  • D’une jeunesse centrée sur elle-même à une jeunesse s’ambitionnant à changer le monde sans faire la révolution.

 

 

 

 

.

 


[1]. Brian D. Loader & Dan Mercea (dir.), Social Media and Democracy: Innovations in Participatory Politics, Londre, Routledge, 2012, pp. 1-2.

[2]Manifeste du hacker, sur <www.phrack.org>.

[3]. Fréderic Bardeau & Nicolas Danet, Anonymous. Pirates informatiques ou altermondialistes numériques?,  Paris, Éditions FYP, 2011.

[4]. Eric von Hippe, Democratising innovation. Cambridge (Mass), MIT Press, 2005 & Dominique Cardon, La démocratie Internet. Promesses et limites. Paris, Seuil, 2010.

[5]. Dominique Cardon, op. cit., p. XXX.

[6]Fréderic Bardeau & Nicolas Danet, op. cit., p. 10.

[7]Ibid, p. 10.

[8]. Dominique Cardon, op. cit., p. 91.

[9]Déclaration de l’indépendance du cyber espace, 1996, disponible sur <http://morne.free.fr/celluledessites/OeilZinE/declarationdindependanceducyberespace.htm&gt;.

[10]Fréderic Bardeau & Nicolas Danet, op. cit., p. 35.

[11]Déclaration de l’indépendance…, op. cit.

[12]. Dominique Cardon, op. cit., p. 13.

[13]Ibid., p. 31.

[14]Fréderic Bardeau & Nicolas Danet, op. cit., p. 122.

[15]. PaulMagnette, La citoyenneté. Une histoire de l’idée de participation civique, Bruxelles, Bruylant, 2001, pp. 33-34.

[16]. Déclaration du président français lors du e-G8, en mai 2011, Fréderic Bardeau & Nicolas Danet, op. cit., p. 179.

[17]Olivier Rollot, La génération Y, Paris, PUF, 2012, p. 29.

[18]Idem.

[19]. Dominique Cardon, op. cit.

[20]Ibid. p. 10.

[21]Ibid., p. 11.

[22]2011.

[23]Manuel Castells, The Internet galaxy: reflections on the Internet, business and society. Malden, MA, Blackwell, 2001.

[24] Bernard Lamizet dans le meme ouvrage.

[25] Stephane Hessel, Indignez-vous!, Indigène Editions, s.a., p. 11-12.

[26]Occupy…, op. cit.

[27]Occupy…, op. cit., p. 32.

[28]. John Holloway (dir.), Changer le monde sans prendre le pouvoir, Paris, Syllepses, 2008.

[29]Les manifestations de masse dans nombreuses villes bulgares qui ont duré plusieurs semaines pendant le printemps 2013 et ont provoqué la chute du gouvernement, la démission du leader politique le plus charismatique de la transition – le premier ministre Boyko Borisov, des élections anticipées, la démission après quatre mandats du maire de la seconde ville du pays, etc.

[30]Occupy…, op. cit., p. XXX.

[31]Occupy…, op. cit., p. 34.

[32]Svetolav Spassov, « Новини », Тема, 25/2012, 26 et suivantes.

[33]Idem.

[34]Occupy…, op. cit., p. 33.

[35]Y de Why – Pourquoi?

[36]Olivier Rollot, La generation Y, Paris, PUF, 2012; Monique Dagnot, Generation Y. Les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion,  Paris,  Sciences Po, 2011.

[37]Olivier Rollot op.cit., p. 31.

[38][38]Occupy, op.cit., p, 19.

[39]Monique  Dadnaut, Génération Y. Les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion, Paris, Sciences Po, 2011.

[40]Occupy, op cit, p. 33.

[41]La Scientologie attaquée en 2008 à cause de son obscurantisme.

[42]Les Anonymous ont publié les abonnés des sites pédophiles et font des attaques contre les sites des   mouvements d’extrême droite

[43]Les Anonymous s’emparent de mails de hauts responsables de HBGary Federal – société de sécurité informatique – et montrent que la société développait des logiciens pour influencer l’opinion publique en créant de faux blogs. 

[44]Bardeau et Danet, op.cit.

[45]Bardeau et Danet, op.cit., p. 151.

[46]ibid

[47] Comme le conservateur D. Cameron en GB.

[48]Homme en réseau – homme augmenté. Ces réseaux numériques, dits sociaux. Vol thématique N 59 de Hermès, 2011, 123 – 124.

[50] ibid

[51]Victoria Carty. Wired and mobilizing, Social movements, new technologies, and electronic politics, New York, etc, Routledge, 2011, pp.14-15.

[52]Ibid.

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