De la migration a la mobilite: politiques et parcours

 „Planète migratoire” (Cl. Blandin), „ХХI s. – siècle des peuples en mouvement” (Guteres), „l’age de la migration” (St. Castles and M. Miller) – les métaphores qui nous permettent de penser le XXI s. en termes de mobilité sont abondantes. La mondialisation migratoire se déploie dans la durée, mais c’est notamment dans la contemporanéité que les migrations internationales résonnent si politiquement. La transformation cruciale concerne l’importance de la migration parmi les priorités stratégiques nationales et internationales. D’une des politiques publiques parmi d’autres, la politique migratoire acquiert une position centrale et s’affirme comme top priorité de la politique, des politiques publiques, et des relations internationales.

L’ambition de l’ouvrage et d’analyser la migration dans une triple perspective : Comment penser la migration – théories migratoires ; Comment se déploie la migration – phénomène migratoire ; Comment gérer la migration – politique migratoire, chacune examinée dans une des trois parties du livre. La première analyse la conceptualisation de la migration dans le double prisme de vocabulaire abondant et concepts fluides et réfléchit sur comment (ne) se développent (pas) et comment doivent se développer les théories de la migration. Le phénomène migratoire est articulé dans la seconde partie en trois formes: européenne, balkanique, bulgare. La troisième est examinée dans sa bidimensionnalité : Etre Bulgare à l’étranger – le phénomène bulgare d’émigration ; Etre étranger en Bulgarie – le phénomène bulgare d’immigration.  Comment gérer la migration par les deux politiques – de migration et d’intégration – est l’objet de la troisième partie concentrée sur la communautarisation de la politique migratoire européenne et l’institutionnalisation de la politique migratoire bulgare.

L’étude développe un modèle théorique original qui examine la migration dans le système de coordonnées quadripolaire de l’Etat post-Westphalien, de la mondialisation apprivoisée, de la ville globale et du marché pulsant. Ce ‘système de coordonnées’ est le cadre théorique pour cartographier les théories et les politiques migratoires, ainsi que le phénomène postcommuniste migratoire avec sa logique de reterritorialisation à légitimité changeante.

Корица_От миграция към мобилност

L’étude s’inspire du pragmatisme méthodologique de l’Ecole de Chicago avec la diversification des méthodes – les lettres aujourd’hui sont remplacées par les réseaux sociaux et les blogs, complétées par plus de deux cents entretiens approfondis et plus de dix ans de terrain. « Je peux dessiner la carte géographique des chagrins. Certains lieux sont tristes pendant un siècle, d’autres – pendant un autre. » Il n’y a qu’une grande plume comme celle de Gueorgui Gospodinov qui peut lier si finement et perspicacement espace, temporalité, sens existentiel. Cette citation fait entrer dans le noyau de l’approche de l’auteur : politique et poétique comme le prisme bidimensionnel à travers lequel sont pensés les concepts, les politiques, les parcours. «L’art et le métier de l’analyse des politiques » est l’heureuse formule de Zincone et Caponio pour l’utilisation des techniques de recherche et des méthodologies qui sont productives pour les objectifs concrets de l’étude. Cette approche inspire le mix dans le présent ouvrage de récits de vie avec une analyse politologique de documents juridiques et politiques, analyse du discours politique avec l’histoire conceptuelle des concepts et de la formation des clusters conceptuels, l’analyse diachronique de la politique migratoire et du phénomène migratoire avec l’analyse synchronique des phénomènes européen, balkanique, bulgare ; l’étude sociologique des ‘tristesses’, représentations, images avec l’observation participante des communautés et des relations interculturelles ; l’analyse sociologique des re/de/constuctions identitaires avec l’analyse politologique de la formation d’une nouvelle citoyenneté transnationale, digitale et contestataire.

Les résultats de l’étude pourraient être résumés en sept conclusions. La première concerne la transition de la migration à la mobilité post-communiste. Elle relativise la validité des schémas réductionnistes de la théorie néoclassique avec l’accent sur la différence des revenus qui sous-estime les dimensions symboliques, professionnels, existentielles. De la migration à la mobilité exprime les expériences postcommunistes de l’installation dans le pays de destination vers l’installation dans la mobilité’.  L’étude empirique des Bulgares en émigration, ainsi que les immigrés en Bulgarie démontre que le projet migratoire ne cherche pas à se cristalliser rapidement et préfère souvent la durée qu’il transforme en réflexivité et optimisation. La migration classique n’est ni oubliée, ni rejetée, mais on expérimente de plus en plus de nouvelles formes qui renvoient plus à la mobilité qu’a la migration. Mobilité et migration ne sont pas des antipodes dans les pratiques est-européennes, mais des modalités différentes dont les interférences ne font que se diversifier et intensifier. La nouvelle perspective théorique permet d’aller au-delà de la conceptualisation en termes de migration pour ouvrir un espace théorique plus ouvert et plus adéquat a l’explication des parcours plus fluides, ainsi qu’à la compréhension de l’enchainement mobilité – retour – nouveau départ, de la transnationalisation des pratiques, de l’individualisation des usages de la mobilité dans des projets professionnels et existentiels postcommunistes.

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La seconde conclusion concerne le dilemme flux ou fluidité, structure ou acteurs. Deux clusters théoriques concourent à l’explication des migrations postcommunistes. Le premier est concentré sur la force des push et l’attractivité des pull. La présente étude contribue au développement du second cluster d’explications. Son centre conceptuel est le migrant comme acteur. Comment face au puissant déterminisme des systèmes et vagues migratoires le migrant arrive à se constituer comme acteur mobilisant autoréflexivité, projet, activités, est un défi analytique majeur. Les préférences théoriques de l’auteur sont réflexifs et critiques : je ne partage ni l’optimisme de l’acteur triomphant d’A. Touraine, capable a tout changer, ni le diagnostic de ‘la mort du sujet’ du marxisme et du structuralisme ou sa souveraineté comme raison fondée sur la connaissance, la vérité et le sens commence à s’effacer dans le processus de son historisation, contextualisation, parcellisation. Je ne m’inscris pas dans l’’analyse stratégique’ de M. Crosier, mais je suis sensible à son argument des pesanteurs du système et de la nécessité d’équilibre entre activité individuelle et déterminismes collectifs. Je ne mets pas inconditionnellement du coté de Bourdieu, mais je partage son questionnement sur les facteurs et les raisons qui orientent les acteurs à agir d’une ou d’une autre manière. Ni l’acteur, ni le système ne font tout. Comment les acteurs postcommunistes conçoivent, définissent, réalisent leurs projets migratoires dans des systèmes qui sont de plus en plus orientés dans la direction opposée, est le centre théorique de l’ouvrage.

Le troisième groupe de résultats sont liées au passage des flèches au spaghettis (G. Herzlich) et à la cosmopolitisation des biographies (L. Rouleau-Berger) postcommunistes. La flèche illustre la conception classique de la migration et avec sa forme claire, solide, catégorique visualise la grande narration de ce paradigme théorique. Les spaghettis relativisent la hiérarchisation entre centre et périphérie, départ et installation, implicite aux flèches. Ils illustrent les parcours de plus en plus individualisés et diversifiés.

Le quatrième groupe de résultats est lié à l’écartement entre politiques et parcours, entre les politiques migratoires européenne et nationales de plus en plus rigides et les citoyens de plus en plus mobiles. La migration est prioritairement de travail, le discours politique la construit de plus en plus dramatiquement en termes non pas de marché de travail, mais de sécurité. La sécurité s’affirme comme une fin en soi et se ferme dans une logique circulaire dans laquelle les dangers et les menaces – la migration en étant une – sont construites par les politiques de sécurité pour légitimer l’importance croissante des politiques de sécurité. Les idées de sécurité humaine ne restent que contrepoint intellectuel et militant. Quand les responsables politiques parlent de sécurité humaine, c’est surtout dans un sens ‘décoratif’ pour ajouter droits de la personne et autres ornements politiquement corrects aux discours de plus en plus sécurisés. La transformation des discours anti immigrés et sécuritaires en capital électoral est la dimension la plus dynamique de la politisation de la migration comme illustre la vague populiste de 2014.

Le cinquième groupe de conclusions sont lies à la théorisation du modèle migratoire postcommuniste. Il confirme l’interprétation politiste que les générateurs principaux de vagues migratoires ne sont pas les pays les plus pauvres, mais les pays en changement politique et social radical. Le modèle migratoire postcommuniste se distingue de manière significative à la fois du modèle classique d’émigration, du modèle classique d’’immigration, ainsi que du modèle méditerranéen. Les pays européens méditerranéens passent tardivement de l’émigration à l’immigration, les pays postcommunistes découvrent à la fois l’émigration et l’immigration. L’émigration l’emporte encore largement, mais l’immigration en Bulgarie est un phénomène intéressant et innovant. L’immigré des modèles classique et méditerranéen s’inscrit dans la conception néoclassique et du double marché de travail ; l’immigre en Bulgarie a un profil différent : il est travaileur indépendant ou gère son business petit ou moyen. Il travaille dans la compagnie de co-nationaux ou d’autres immigrés. Il a relativement peu d’immigrés qui travaillent dans des compagnies bulgares ; il y a plus de Bulgares qui travaillent dans les compagnies d’immigrés. La crise a lourdement touché le business migrant concentré dans les niches du commerce et de la restauration, mais n’a changé radicalement son profil. L’immigré en Bulgarie reste actif et entrepreneurial ; l’intégration dans le marché de travail interfère positivement avec l’intégration linguistique, sociale et culturelle. L’image positive de l’immigré illustre la thèse de l’ouvrage de la migration comme ressource et empowerment. Ce profil positivement renversé est diferentia specifica de l’immigration postcommuniste bulgare. L’ouvrage est une des premières tentatives de sa théorisation. Les politiques publiques restent encore déficitaires par rapport à la compréhension de cette spécificité. L’accent sur la sécurité déforme l’image de l’immigration que la politique migratoire se crée et empêche la formulation de politiques adéquates d’intégration.

Le sixième groupe de conclusions est liée à la dynamique déterritorialisation – reterritorialisation. La migration est le récit le plus dense du territoire. L’exportation de projets de vie, stratégies professionnelles et projets personnels déterritorialisent l’Etat. La décision de lier projet professionnel et énergie affective par l’immigration, le retour, la migration circulaire, le transnationalisme, la reterritorialisent, font augmenter son statut symbolique. La Bulgarie postcommunisme est dans le vortex des dynamiques re/de/territorialisation.

Le septième groupe de résultats renvoie à l’émergence d’une nouvelle diaspora digitale et d’une citoyenneté transnationale contestataire. On pense traditionnellement la diaspora en termes de langue et culture et ses liens avec la patrie sont tissés par deux institutions centrales – la famille et l’Etat. Les réseaux sociaux et les mobilisations citoyennes sont les demiurges d‘une nouvelle diaspora digitale dont la solidarité n’est plus avec l’Etat, mais avec les citoyens contre les élites inefficaces et corrompus et dont les liens dont tissés par une citoyenneté transnationale active et engagée.

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